Le sourire à la lèvre ou les pleurs sur la joue,
Fils de pauvre ou de riche, il faut que l'enfant joue ;
C'est pourquoi, l'autre jour, l'enfant pâle à l'oeil bleu
Avait naïvement imaginé ce jeu
De courir tout autour de l'aveugle débile
Qui, sur la terre assis, posant là sa sébile,
A droite, à gauche, vite, étendant les deux bras,
Cherchait à le saisir selon le bruit des pas,
L'enfant, que chaque erreur du pauvre aveugle amuse,
S'éloigne plusieurs fois d'un petit air de ruse,
Sur la pointe du pied, sans souffler, doucement ;
Et le vieillard écoute, immobile, un moment...
Puis, troublé tout à coup d'un si profond silence,
Il appelle ; l'enfant rit alors et s'élance,
Accourt et vient tomber dans les bras du vieillard ;
Et l'aveugle riait d'être colin-maillard.

Jean AICARD