Ah ! mon habit, que je vous remercie !
Que je valus hier, grâce à votre valeur !
Je me connais ; et, plus je m'apprécie,
Plus j'entrevois qu'il faut que mon tailleur,
          Par une secrète magie,
Ait caché dans vos plis un talisman vainqueur,
Capable de gagner et l'esprit et le coeur !
Dans ce cercle nombreux de bonne compagnie,
Quels honneurs je reçus ! Quels égards ! quel accueil !
Auprès de ma maîtresse, et dans un grand fauteuil,
Je ne vis que des yeux, toujours prêts à sourire ;
J'eus le droit d'y parler, et parler sans rien dire.
Ce que je décidait fut le nec plus ultra.
On applaudit à tout : j'avais tant de génie !
Ah ! mon habit, que je vous remercie,
          C'est vous qui me valez cela !

Ce marquis, autrefois mon ami de collège,
Me reconnut enfin, et, du premier coup d'oeil,
          Il m'accorda, par privilège,
Un tendre embrassement qu'approuvait son orgueil.
Ce qu'une liaison dès l'enfance établie,
Ma probité, des moeurs que rien ne dérégla,
          N'eussent obtenu de ma vie,
          Votre aspect seul me l'attira.

Ah ! mon habit, que je vous remercie !
          C'est vous qui me valez cela.

SEDAINE