C'est à toi que je veux offrir mes premiers vers,
Père ! J'en ai cueilli les strophes un peu rudes,
Là haut, dans ton Rouergue aux âpres solitudes,
Parmi les bois touffus et les genêts amers.

Tu ne les liras point, je le sais, ô mon père ;
Car tu ne sais pas lire, hélas ! et toi qui fis
Tant d'efforts pour donner des maîtres à ton fils,
On ne te mit jamais à l'école primaire...

Eh bien ! avant le jour - lointain encor, j'espère, -
Où, jetant ta cognée et te croisant les bras,
Les yeux clos à jamais, tu te reposeras
Sous l'herbe haute et drue où repose ton père,

J'ai voulu de mes vers réunir les meilleurs,
Ceux qui gardent l'odeur de tes bruyères roses,
De tes genêts dorés et des tes houx moroses,
Et t'offrir ce bouquet de rimes et de fleurs.

Puis un soir, je viendrai peut-être, à la veillée,
Te lire ce recueil ; et, si mes vers sont bons,
Tu songeras, les yeux fixés sur les charbons,
A ta fière jeunesse en mon livre effeuillée...

François FABIE
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