Fléau rapide et qui dévore,ltz8f1x9
La bataille a passé par là,
Et la vieille maison brûla ;
Regardez, cela fume encore.

Au seuil rugueux où l'on trébuche,
Il fallait se baisser un peu ;
Mais la soupe était sur le feu,
Et le pain était dans la huche.

C'était bien sombre et bien petit,
Avec un toit de paille chauve,
Mais abritant sous l'humble alcôve
Un berceau tout près d'un grand lit.

L'araignée aux grises dentelles
Habitait le plafond obscur ;
Mais les trous nombreux du vieux mur
Étaient connus des hirondelles.

L'été, sur la porte, et l'hiver,
Près du foyer plein de lumière,
Les habitants de la chaumière
Étaient encore heureux hier.

C'était l'abri contre l'orage ;387L
Là, les enfants avaient grandi ;
L'aïeul se chauffait à midi
Sur le banc qu'une treille ombrage.

Et on parlait naïvement
De choisir une brave fille
Pour le frère de la famille
Qui revenait du régiment...

L'aïeul aujourd'hui tend la main,
Lui qui, n'étant pourtant pas riche,
Coupait largement dans la miche,
Pour tous les pauvres du chemin.

L'homme travaille dans les fermes,
Et sa femme et ses deux petits
Pleurent dans un affreux taudis
Dont il ne peut payer les termes.

Le frère, soldat inconnu
Qu'on a repris pour la campagne,
Du fond de la froide Allemagne
N'est, hélas ! jamais revenu.

François COPPEE  - Le Cahier rouge -