Déjà l'horizon gris se fleurit et se dore
L'air plus câlin frémit de la prochaine ardeur
Et l'arbre sent mourir son deuil et sa roideur
Lui qui tordait ses bras sous le ciel incolore.

Le printemps s'insinue ; il rôde avant d'éclore.
Pour opposer au sort jaloux et moissonneur
L'espoir né des clartés qui tissent le bonheur
Aux mêmes lieux où nos regrets pleurent encore.

Malgré les ans et le doux mal du souvenir
Ta jeunesse a raison, nature, de venir
Réveiller dans le coeur des oiseaux de l'enfance,

Et de faire aux miroirs murmurants et mouvants
Étinceler ces feux de force et d'innocence
Qui n'ont jamais trahi les rêves émouvants.

Jacques-Rolland BODIN - Paris, 21 février 1949
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