En se promenant sur la plage,
Le pêcheur, d'un coup de filet,
Emprisonna l'oiseau sauvage
Et le mit dans son batelet.

"Je te soignerai bien, petite,
Lui dit-il de sa grosse voix ;
Viens, je vais te bâtir un gîte
Avec ces débris de vieux bois ;

"Et ce soir, loin de toute brise,
Tu dormiras à la maison.
Au réveil, ah ! quelle surprise
Pour les deux gars et pour Suzon !

"Suzon est bonne autant que belle ;
Vivre près d'elle est un plaisir ;
Je suis sûre que dans son écuelle
Tu barbotteras à loisir."

Mais l'oiseau regrettait l'espace,
Les rochers noirs, l'azur du ciel,
Et pensait tout bas que sa place
N'était pas au Mont-Saint-Michel.

Il voyait comme dans un rêve,
Derrière ses épais barreaux,
Le beau sable fin de la grève,
Ses soeurs folâtrer sur les eaux.

Quand grondait la voix éternelle
De l'Océan sur les récifs,
La Mouette battait de l'aile
En poussant de longs cris plaintifs.

Un jour, Suzon la trouva morte
Par un riant matin d'été...
Son regarde tourné vers la porte,
Cherchait encor la liberté.

Mathilde AIGUEPERSE
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