Une jeune araignée avait pris pour demeure
Le logis somptueux d'un richard de l'endroit,
Là, dans un petit coin, sans perdre une seule heure,
Tissant un fin réseau, cet ouvrier adroit
D'avance entrevoyait les mouches imprudentes
Que son léger filet prendrait bientôt pour lui
Et qu'il dévorerait chaudes et pantelantes ;
L'eau lui vint à la bouche, il file sans ennui ;
Quand près de la passant, un zélé domestique,
Offusqué du travail que finit l'artisan,
Vite détruit l'ouvrage... O rêve chimérique !
Ton souvenir n'est plus qu'un chagrin bien cuisant !
Le pauvre tisserand ne perd pas l'espérance ;
A l'oeuvre il se remet dans un coin retiré
Où bientôt il peut voir, par sa persévérance,
S'achever le tissu qu'il a tant désiré.
Chers amis, quelquefois, dans cette triste vie,
Vous verrez vos efforts détruits d'un coup de vent ;
Ne désespérez point, moi je vous y convie :
Qui reprend ses projets réussit bien souvent.

Jules GUILLET

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