Dans ma cellule solitaire,
où seul le souvenir me suit,
Que de fois j'ai songé la nuit
A la chambre où mon vieux grand-père
Vécut et s'endormit sans bruit.

Joyeuse chambre tapissée
D'un papier gris à grands dessins !
Des résédas et des jasmins
Attiraient près de la croisée
Les mouches à miel par essaims...

Au bourdonnement des abeilles.
Du fond de sa cage, un pinson
Répondait par un gai fredon,
Et jamais depuis mes oreilles
N'ouïrent si douce chanson.

Sur les blanches dalles de pierre
Un bruit retentissait soudain,
Accompagné d'un vieux refrain ;
C'était la canne de mon grand-père
Qui résonnait sur le chemin.

Il entrait. Par la porte ouverte
La joie entrait à son côté,
Car l'âge l'avait respecté,
Et sa vieillesse fraîche et verte
Brillait comme un beau soir d'été.

Dans son fauteuil de velours jaune
Assis, et moi sur ses genoux,
Il bourrait sa pipe de houx,
Sa pipe où l'on voyait un faune
Jouant de la flûte à six trous.

O pipe brunie et légère,
Ton vieux fourneau de bois sculpté
A mainte épreuve à résisté ;
On t'allume encor !... Le grand-père
S'est éteint pour l'éternité...

Maintenant sous l'herbe et la pierre,
A côté de sa soeur il dort ;
Et parfois dans un rêve encor
J'entends la canne du grand-père
Retentir dans le corridor.

André THEURIET

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