J’ai découvert la fleur qui parle
dans un grand champ de romarin
pas très loin de la route d’Arles
il était très tôt le matin.

Une pierre presque violette
la soutenait comme un écrin
elle perdait un peu la tête
et moi aussi, le crois bien.

Elle m'a dit de jolies choses
et des mots tellement petits
que passereaux et passe-roses
étaient comme les ombellies.

Elle m'a dit l'une après l'autre
les paroles d'Evangélie
et les serments de Pierrelune
au bloncs rendez-vous d'Arcadie.

Les arcs en ciel d'offrefontaine
les misériers engoulevents
les martins-pêcheurs des fontaines
faisaient partie de son plain-chant.

Elle m'a dit battre frontière
l'opale pâle d'Amélie
les épineuses ombrières,
les grenats grenats d'Alvoisie.

Alors j'avais tant de vacances
à écouter parler ma fleur
que mon silence de silence
peut-être un instant lui fit peur.

Et j'ai perdu la fleur qui parle
dans le grand champ de romarin
pas très loin de la route d'Arles
un peu de terre entre les mains.

Louis AMADE né à Ille-sur-Têt dans les P.O. en 1915. Ce poète écrit bien sûr des poèmes, mais aussi des chansons, certaines rendues célèbres comme "Quand il est mort le poète..." de Gilbert Bécaud.