Pour ne plus te quitter, ô douce solitude !
Je reviens te trouver, je reviens à tes bois,
Heureux de posséder la douce quiétude,
Qui ne se trouve point même à la cour des rois...
J'aime à porter mes pas jusqu'au fond du bocage,
J'aime à suivre de l'oeil le papillon léger,
Je vois le rossignol, j'écoute son ramage,
Et tout bas il se dit : - "Il n'est point d'étranger."
Je vois la fleur des champs, je vois la feuille morte,
En tournoyant tomber sous le souffle du vent,
Et le ruisseau qui luit, dans le vallon l'emporte ;
Pour moi c'est plein de charme, et j'y pensais souvent,
A l'ombre de tes bois je veux passer ma vie,
Austère solitude, et méditer encor,
Isolé, loin du monde, où mon âme ravie,
Goûte enfin le bonheur. - Bientôt les rayons d'or,
De l'astre du marin, à travers le feuillage,
Pénètrent jusqu'à moi, c'est l'heure du réveil :
L'oiseau laisse son nid, va lustre son plumage,
Et le ciel se colore à l'horizon vermeil.
Quand les ombres du soir descendent sur la terre,
Que l'air est embaumé d'un parfum d'églantiers,
Sous les bosquets fleuris, pensif et solitaire,
Je marche lentement tout le long des sentiers.
Pour ne plus te quitter, ô douce solitude !
Je reviens te trouver, je reviens à tes bois,
Et, dans tes profondeurs, je prendrai l'habitude,
D'écouter la chanson que murmure ta voix.

Eugène GERMAIN (Pointe-à-Pître)