Trois enfants de six à sept ans,
Toutes petites filles,
Causaient un beau jour de printemps,i674g0lz_
Sous d'ombreuses charmilles.
Chacune était à deviser,
Gravement occupée ;
Il s'agissait de baptiser
Une énorme poupée.

Sans bruit sur les souples roseaux
Que le Créateur sème,
La tribu des petits oiseaux
Présidait au baptême.

Moi, dit d'un ton officiel,
La fille d'un notaire,
Je voudrais sa robe bleu ciel ;
Ce sera beau, j'espère.
Quant à son nom, parmi beaucoup,
Je choisirais Marie :
Sa fête sera le quinze août,
A la saison fleurie.

Quant à moi, dans mes sentiments,
Mon avis est contraire,
Dit la seconde des enfants,
Noble et riche héritière.
Je veux l'habiller tout de blanc,
C'est la couleur divine,
Et la baptiser noblement
Du nom royal d'Hermine.

Tout cela est beau, j'en conviens,
Répondit la dernière, -
Elle était, si je m'en souviens,
Fille d'un prolétaire, -
Je trouve qu'en fait de couleur
Le rouge est bien plus crâne ;
Et je l'appellerais sans peur
Du nom de Marianne.

Des discours l'on en vint aux mots,
Et dans cette épopée
L'on faillit mettre en trois morceaux
L'innocente poupée ;
Lorsqu'une voix, parmi les fleurs,
Leur dit : - Enfants, silence !
Que sa robe ait les trois couleurs ;
Son nom sera : la France.