Satan fut exilé du séjour des délices,
Et l'Eternel, vainqueur, à l'ange factieux
Infligea pour tourment - le souvenir des cieux !

Depuis le dernier jour de sa gloire effacée,
Invisible aux regards, visible à sa pensée,
Un fantôme divin l'accompagne en secret :
Les enfants de l'abîme ignorent cet arrêt.
Souvent, pour éviter l'ennemi qu'il redoute,
Satan suit des enfers la ténébreuse route ;
Seul, on le voit, errant sur le funèbre bord,
Chercher les profondeurs des déserts de la Mort.
Il pense que ces lieux, où le Péché domine,morningglorielg
Effraieront de l'Esprit la nature divine ;
Mais il appelle en vain l'horreur à son secours :
L'Esprit suit des enfers les caverneux détours ;
Avec lui, dans le gouffre il parvient à descendre,
Ses invisibles pieds sont empreints dans la cendre,
Du fantôme Satan ne peut se délivrer,
Il est là, -là toujours ; il l'entend respirer.
La nuit, à ses remords, en songe il se présente ;
Sur son coeur oppressé pose une main pesante ;
Il offre à ses désirs les biens qu'il a perdus ;
Lui jette des parfums, dans les cieux répandus ;
Lui montre ces clartés que les anges adorent,
Ces éternelles fleurs - que les mortels ignorent...
Puis, quand Satan, vaincu par ce beau souvenir,
Rappelant ces objets, cherche à les retenir,
Poursuit de tous ses voeux la vision si douce...
Tout disparaît... l'Esprit loin du ciel le repousse,
Et lui montre l'égide où l'Ange des regrets
En chiffres enflammés grava ce mot : JAMAIS !
Ainsi du ciel perdu cette image charmante,
Comme un vivant remords, sans cesse le tourmente ;
Sans cesse une voix crie en déchirant son coeur :
"Satan, te souvient-il des jours de ton bonheur,
Quand du séjour divin tu respirais l'ivresse ?
Quand Dieu t'environnait de gloire et de tendresse ?"

A peine de Satan l'étoile resplendit,
Qu'assiégeant les degrés de son trône maudit,
Les princes de sa cour viennent lui rendre hommage ;
Chaque démon, d'un vice offre l'impure image,
Porte ses attributs en signe de respect,
Oh ! sinistre cortège, épouvantable aspect !...

Mme Emile de Girardin