Comme une antique ville forte,
La Haute-Auvergne à son front porte
Une couronne de bastions,
Et ce sont les puys et les plombs.
Ces énormes verrues
L'hiber se vêtent de blanc ;
Et, l'été, vues de loin,
Sont comme la mer, toutes bleues.

Et, plus tard, quand le grand soleil
A flétri la fleur du tilleul
Et rôti toute l'herbe,
La montagne fière et superbe,
Avec la majesté du lion,
Et, comme lui, ou rousse ou fauve,
Car alors elle a changé sa robe,
Lève la tête à l'horizon.

Quand, dans la brume qui la cache,
Le feu du ciel laboure son crâne
Et y ouvre de larges sillons,
C'est chose terrible,
Au milieu des orages,
D'entendre puys et plombs sauvages
Mugir comme un troupeau de taureaux.

Et de voir, sous les éclairs,
Leurs crêtes et leurs rocailles
Coiffées de serpents de feu,
Comme des bêtes cornues,
Se dresser sanglantes et nues
Et heurter le ciel tout à coup.

Mais tôt le nuage s'éparpille ;
La montagne, qui s'égaie,
Sort de là comme d'un linceul,
Et de cette robe de deuil,
Qui lui pesait sur l'épaule,
Il ne reste plus rien, plus rien,
Que, dans le ciel lavé de frais,
Quelques flocons de brume pâle.

Et nous revoyons les burons
Dressés à la cime des puys,
Et, dans le vieux parc blotti,
Nous le revoyons, le troupeau de vaches,
Orgueil et gloire de Salers,
Le grand troupeau de vaches meuglantes
Qui porte la tintante clochette
Et paît cinq mois libre, en plein air.

Arsène Vermenouze